Adrien Victor LALLEMENT

 

Je reprends ici un article que j’ai écrit le 25 Juillet 2011 à l’occasion du cent cinquantième anniversaire de la naissance de mon arrière grand-père, Adrien LALLEMENT, après l’avoir légèrement remanié, illustré et actualisé suite à mes dernières « découvertes ».

 

Cher arrière grand-père,

Je te souhaite un bon anniversaire ! Oui je sais cette idée peut paraitre saugrenue car tu soufflerais aujourd’hui tes cent cinquante bougies, un siècle et demi ! Ce que je sais de toi je l’ai appris par les documents d’état civil, d’archives et quelques souvenirs transmis par la famille. Alors si tu veux bien, je vais essayer d’en faire la synthèse et tu me diras si je me trompe.

Tu es donc né le 25 Juillet 1861 à 15h30 à Gesnes en Argonne, petit village du nord meusien, de Jean Désiré, âgé de vingt sept ans, cultivateur et de Marie Marguerite COULON, son épouse, vingt neuf ans. Tu es le second et dernier enfant du couple et Caroline, ta sœur, t’a précédé en 1859. Ton père signe ton acte de naissance ainsi qu’Honoré MONCHOT, ton cousin et Pierre Emmanuel LEGAND.

Acte Naissance A Lallement - Archives municipales Gesnes

Acte Nais. A Lallement – Archives municipales Gesnes

 

En 1861 Napoléon III est aux commandes de la France et cette année là débutent la guerre de Sécession en Amérique, la construction de l’Opéra Garnier à Paris et Julie DAUBIE est la première femme à obtenir le baccalauréat.

Ton enfance s’écoule dans ce village au milieu de ta famille. Les LALLEMENT sont installés là depuis le premier quart du XVIIIème siècle et tes enfants en seront les derniers représentants nés à Gesnes.

L'église Gênes

 

Le 26 Janvier 1878 ta sœur Caroline épouse à Gesnes Jean Auguste LEGAND et trois mois plus tard tu deviens « tonton » pour la première fois avec la naissance de ta nièce Berthe LEGAND qui sera suivie par celle de ton neveu Paul en 1881.

Mais 1881, c’est aussi l’année de tes vingt ans et tu dois te faire recenser  la mairie de Gesnes puis passer devant le conseil de révision de Montfaucon qui te déclarera apte ou non au service militaire. D’après la loi du 27 Juillet 1872 qui s’applique, il est obligatoire et selon le tirage au sort, il dure cinq ans ou de six mois à un an.

Grâce à ta fiche matricule retrouvée sur le site des archives départementales des Ardennes, j’ai pu retracer ton parcours militaire. Tu tires le numéro 23 de la liste de Montfaucon et, classé dans la première partie de celle-ci tu es donc bon pour le service comme ton conscrit Antoine BIGAUT.

Source : AD Ardennes - 1R041

Source : AD Ardennes – 1R041

Comme tous les jeunes appelés d’alors tu seras incorporé à l’automne de l’année qui suit ton recensement. C’est donc le 17 Novembre 1882 que tu intègres le 18ème Régiment d’Artillerie. Le 1er Septembre 1883 tu passeras au 4ème Bataillon d’Artillerie de Forteresse et je découvre que tu y es trompette. Aurais-je hérité de toi mon goût pour la musique ?…

Source : AD Ardennes - 1R041

Source : AD Ardennes – 1R041

Ta fiche matricule m’a aussi permis de découvrir quelques traits physiques de ta personne. Tu mesures 1.69 mètres, ce qui est dans la moyenne de l’époque, tes yeux et tes cheveux châtains encadrent un visage ovale au front haut et au menton rond. Ton nez et ta bouche sont moyens. Par ailleurs d’après la famille tu étais un grand fumeur.

Source : AD Ardennes - 1R041

Source : AD Ardennes – 1R041

 

Le 21 Septembre 1886 tu es envoyé en congés en attendant ton passage dans la réserve de l’armée d’active qui a lieu le 1er Juillet 1887. Tu auras passé trois ans et dix mois sous les drapeaux. Cependant tu dois effectuer des périodes d’exercices et de manœuvres. C’est ce que tu fais du 1er au 13 Octobre 1888.

Revenu à Gesnes, tu t’y maries le samedi 26 Janvier 1889 avec une jeune fille du même village, Marie Joséphine SAINT JEVIN, orpheline de père et de mère, âgée alors de 16 ans et qui a dix ans de moins que toi. Tu es toujours cultivateur et vous signez tous les deux l’acte de mariage ainsi que tes parents.

LF Sosa 8 1

 

Moins d’un an après, le 18 Janvier 1890, vous avez votre premier bébé : Angèle, et alors qu’elle n’a que huit mois tu t’absentes à nouveau pour une période d’exercices militaires que tu effectues au 4ème bataillon de forteresse du 25 Aout au 21 Septembre.

La vie n’est pas facile à l’époque à Gesnes, perdu au fond de son vallon et que l’on surnomme le pot de chambre de la Meuse. Pourtant tu t’y intéresses puisque tu es candidats sur les listes des élections municipales de 1892 et 1896 mais tu ne seras pas élu.

En 1893 tu es le témoin de ta tante par alliance, Sidonie SAINT JEVIN lors de son mariage avec Jules RICHARD à Nantillois. Puis en 1894 tu signes l’acte de naissance de Sarah BERGUE à Gesnes ; sur ce dernier il est indiqué que tu es le grand oncle maternel de l’enfant ; je n’ai encore pas pu trouver les éléments qui me permettraient de vérifier cela mais je ne désespère pas…. si tu me donnes un petit coup de main…

Passé dans l’armée territoriale le 1er Novembre 1895, tu pars au 6ème Régiment Territorial d’Artillerie du 28 Septembre au 10 Octobre 1896. Un mois plus tard tu signes l’acte de mariage de ton amie Pauline VERJUS avec François SARTELET à Gesnes.

Le 1er Mars 1900 naît ton unique fils, Jules, mon grand-père, et dix huit mois plus tard, en Septembre 1901, deux jumelles Rose et Suzanne viennent agrandir ta famille.

Parfois tu te fais remarquer et on parle de toi dans le journal de Montmédy du 21 Septembre 1900 : « Adrien LALLEMENT, agriculteur faisait cuire la nourriture de ses porcs dans une chaudière placée dans la cour. Il s’absenta cinq minutes environ. A son retour il constata que le feu s’était propagé à un tas de fumier adossé à la porcherie. Il cria au feu et deux de ses voisins l’aidèrent à éteindre ce début d’incendie. Les dégâts furent insignifiants. »

Le 1er Octobre 1901 tu perds ton papa âgé de soixante sept ans et le 28 Mars 1904 tu es témoin au décès de ta maman disparue à soixante et onze ans, tous les deux seront enterrés à Gesnes.

Le 1er Octobre 1907 te voilà définitivement libéré de tes obligations militaires. Puis tu décides de quitter ton village, sans doute poussé par la nécessité de nourrir convenablement ta famille. Est-après 1907 que tu es parti ? L’absence d’adresses successives sur ta fiche matricule me le laisse supposer, mais là aussi si tu pouvais me glisser un indice…

Quoi qu’il en soit, te voilà installé en 1911, rue haute à Rémonville dans les Ardennes, commune distante de 14 Kms de Gesnes. D’après les souvenirs familiaux tu avais une grosse ferme avec une belle allée de chênes. Le fait que tu sois sur l’annuaire de 1912 et le recensement de la commune le confirme puisqu’en plus de tes quatre enfants tu as deux domestiques de culture : Fernand BIGAUT, né en 1890 à Gesnes et Louis THIERRY son futur beau-frère.

C’est dans l’église de cette commune que tu maries ta fille Angèle, le 27 Mais 1913 avec Albert WIBLET originaire de La Berlière dans les Ardennes.

Et c’est à La Berlière que nait ta première petite-fille, Alice WIBLET, le 2 Février 1914. Qui pouvait prévoir que six mois plus tard éclaterait la grande guerre ?

Très vite ton pays est envahi par l’ennemi. Selon l’expression de ta femme, « les prussiens ont dévalé la pente ». Ils réquisitionnent matériel et chevaux. Les hommes non mobilisés par l’armée française sont rassemblés sur la place du village et emmenés tels quels, sans qu’on leur ait laissé le temps de prendre des effets personnels ou même d’autres vêtements. Te voilà donc fait prisonnier avec ton fils, Jules, malgré ses quatorze ans.

D’après les renseignements obtenus auprès de la Croix Rouge, tu es envoyé en Allemagne au camp d’Edenberg-Landau. Ton fils est-il avec toi ? Mystère.. Tout ce que je sais c’est qu’il empierrait des routes pour en faire des pistes d’atterrissage pour les avions militaires allemands. Il s’est juré alors de revenir les bombarder un jour… Il est devenu pilote d’avion militaire…

Auteur : R Broisseau 2006

Auteur : R Broisseau 2006

Pendant ce temps les Allemands occupent la ferme et  ont coupé les si beaux arbres. Ta femme doit faire face. Elle a caché quelques outils de jardinage sous le lit d’Angèle. Mais voilà qu’un jour tes filles aperçoivent un soldat allemand entrer dans la chambre d’Angèle, pousser les outils et se cacher dessous le lit… mais ses pieds dépassent… Tes filles sont allées le raconter à leur mère qui est aussitôt allée à la kommandantur pour informer les officiers allemands qui ont chassé l’intrus.

En 1915 les Allemands se « délestent » des bouches inutiles. Ta femme, tes filles et ta petite-fille sont entassées dans des wagons pour un voyage qui va durer huit jours. Parfois lorsque le train s’arrête dans une gare on leur donne à manger. Elles ont autour du cou une médaille, sans doute avec un numéro d’enregistrement. Je retrouve leurs traces le 26 Mars 1915 à Genève ; elles sont de passage à destination de Draguignan dans le Var. Arrivées en Suisse, Rose et Suzanne s’empressent de jeter leur médaille au grand dam de leur mère qui craint des représailles. En 1915 Jules est aussi de passage à Genève mais lui en direction de Virignin dans l’Ain. Et toi tu es libéré du camp allemand et rapatrié en France par la Suisse en Février 1916.

courrier crx rouge - Copie

Finalement je vous retrouve tous à Virignin. Ta ta famille est arrivée là le 13 Mai 1915 et toi le 14 Février 1916 comme indiqué sur le document ci-dessous.

Réfugiés à Virignin - AD de l'Ain

Réfugiés à Virignin – AD de l’Ain

Vous y restez quelques temps. Ta femme et ta fille ainée sont sans emploi mais tes autres enfants travaillent chez un agriculteur local Monsieur CARPIN. Combien de temps y séjournerez vous ? Pourquoi avez vous décidé de partir et quand ? Si tu pouvais là aussi me donner quelques pistes…

Je sais qu’en Juillet 1917 vous êtes tous ensemble à Limoux dans l’Aude et demeurez 24 Rue Saint Martin. Le 5 Novembre de la même année tu es témoin, avec Angèle, au mariage de ta nièce Hélène RICHARD, originaire de Nantillois dans la Meuse, village qui fut évacué à Ajac (banlieue de Limoux) dès Septembre 1914.

Le 26 Septembre 1918 tu es faible et alité car tu as la grippe espagnole qui sévit dans toute l’Europe à cette époque. Ta femme et tes enfants se relaient à ton chevet, ce soir là tu dis à Suzanne, qui est la dernière à te dire bonsoir, « regarde elle arrive » et quelques instants plus tard tu expires, il est 19 heures. Elle n’a jamais su ce que tu avais voulu dire et cela reste un mystère pour la famille.

Archives municipales Limoux

Archives municipales Limoux

Tu es d’abord enterré à Limoux avant ton retour chez toi. Mais avant ton transfert il faut t’identifier et c’est ton fils Jules qui le fait. Il a raconté que lorsque ton cercueil a été ouvert tu étais tel qu’on t’y avait mis mais immédiatement après tu es tombé en poussières. Ton cercueil a été ensuite mis dans un autre cercueil de plomb pour le voyage. Mais je me demandais à quel moment tu étais revenu sur la terre de tes ancêtres. Michèle, mon amie et cousine à trouvé la réponse aux Archives de Bar le Duc. Elle a eu en main des listes concernant le transport des corps des réfugiés. Tu figures sur l’une d’entre elles. Comme il est indiqué ci-dessous tu a été rapatrié à la gare de Dun Doulcon le 10 Novembre 1922 pour être inhumé à Gesnes.

AD Meuse - 3R26

AD Meuse – 3R26

Où as tu été enterré ? Je suppose que tu as été mis provisoirement dans la tombe de ton beau-frère Auguste LEGAND décédé en 1887, car ta femme n’achète une concession pour vous  que le 25 Avril 1931.

Ta stèle funéraire n’est réalisée que pour la Toussaint 1966 et commandée par ton fils. Elle a été faite par les Etablissements Vassart de Stenay. Mais elle comporte une erreur sur ton année de naissance, il est inscrit 1862 au lieu de 1861….

A ton décès tu  laisses une veuve âgée de 46 ans, une fille de 24 ans veuve de guerre avec une petite fille de quatre ans, un fils de 18 ans et deux autres filles de 17 ans. Tous tes enfants se marieront et fonderont des foyers dans les Ardennes, le Rhône et le Limousin. Ta femme te survivra trente quatre ans, et s’éteindra à Sedan en 1952 à l’âge de quatre vingt ans.

Tu auras eu au total : quatre enfants, onze petits-enfants, vingt-neuf arrières petits-enfants et seulement trois arrières arrières petits-fils vivant susceptibles de pérenniser cette branche, un chiffre un peu faible…. mais suffisant ! En effet le 14 Juillet 2012 ton arrière arrière arrière petite-fille, Louise, voyait le jour à Lyon. Malheureusement son arrière grand-père, Robert, mon papa, était décédé sept jours plus tôt mais c’est souvent comme cela, quand un nouveau né arrive, un ancien disparait. Mais l’essentiel c’est que la vie continue et que de nouvelles feuilles poussent sur cet arbre Lallement déjà bien fourni !

louise 2

Voilà, je crois que j’ai fait le tour de ce que je sais, je te laisse présent à tes occupations, n’oublie pas de me faire signe pour les informations manquantes….

Je t’embrasse bien affectueusement,

Elisabeth

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11 réflexions sur “Adrien Victor LALLEMENT

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  2. J’ai adoré ta missive à ton arrière-grand-père. Quelle belle lettre. Et quelle jolie petite puce sur la photo 🙂 .
    Cela n’a rien à voir mais puisque tu as parlé du bottin, j’y ai repensé : aurais-tu des données sur la ville de Genrupt dans le 52 s’il te plait ?

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